Vanille ou chocolat ? Petit portrait en creux de deux personnages

25 nov 2025

Des élèves d’écoles maternelles et primaires de Plaine Commune traversent main dans la main le couloir de l’Académie Fratellini. Émerveillé·es, ils viennent tout juste de découvrir le spectacle Comme et pareil.

Comme et pareil, c’est la toute nouvelle création de l’acrobate chorégraphe Jean-Baptiste André. Chaque année, l’Académie Fratellini fait appel à un ou une artiste pour mettre en piste deux apprenti·es de troisième année. Le spectacle dure environ trente minutes et s’adresse aux enfants dès trois ans. Il joue d’abord dans le Petit Chapiteau, puis est présenté d’école en école.

Jean-Baptiste André entre dans le bureau pour faire le point sur cette première représentation dédiée aux scolaires avec le pôle publics, en charge de son organisation. On en profite pour lui poser quelques questions.

C’est la première fois que tu écris un spectacle pour les tout-petits ?

Je n’avais jamais créé de spectacle pour des enfants de cette tranche d’âge. Mais je ne l’ai pas pensé en me disant qu'il devait s'adresser au très jeune public. J’ai plutôt choisi un thème (la différence, l’altérité), qui peut concerner les plus jeunes. Les enfants ont une propension à vouloir faire la même chose que leur voisin·e, pour s’en sentir capables aussi. On l’a vu tout à l’heure, ils ont répété tous les mots que disaient les interprètes Matthias Bruchez et Agathe Klein. Pour eux, tout devient jeu très vite.

Je voulais que ce soit un spectacle autant bougé que parlé. Un pari pour moi, car c’était la première fois que j’écrivais seul. Sur Les Jambes à son cou, ma précédente création pour le jeune public, j’ai travaillé avec un auteur qui m’a accompagné tout au long du processus de création.

Quelles ont été les étapes de création ?

J’ai rencontré la promotion en juin. Il fallait que je choisisse deux des apprenti·es parmi les dix. Je souhaitais un duo mixte. Il y avait Matthias Bruchez, jongleur, avec sa grande silhouette. J’ai vu aussi Agathe Klein et ses très belles qualités au sol. Je l’ai trouvée pétillante. Je me suis dit qu'ils pourraient être le contrepoint de l’autre. Je n’ai pas voulu enlever entièrement son agrès à Agathe donc il y a quand même la présence de sa corde lisse sur scène. Mais suffisamment peu pour qu’on se demande « Que reste-t-il de la discipline si on enlève l’agrès ? Comment reconsidérer l’agrès avec une forme de naïveté ? » Ce n’est pas parce qu’on a des balles qu’il faut jongler. Il en va de même pour la corde.

Le premier jour de répétition, j’ai présenté les grandes lignes de la dramaturgie à Agathe et Matthias. « Au début, vous vous épiez, vous vous considérez, vous vous méfiez. Puis vous vous observez, vous vous rapprochez, et finalement vous vous entraidez, vous vous soutenez, vous vous portez. »

Je leur ai donné des petits exercices et demandé d’essayer de s’imiter l’un·e l’autre, Agathe avec les balles de jonglage de Matthias, Matthias avec la corde d’Agathe. On a fait plusieurs improvisations que j’ai filmées et à partir desquelles j’ai extrait des principes que nous avons retravaillés ensuite pour composer.

Valérie Frossard

J’aimais beaucoup dans les années 2000 le travail de Sophie Calle, qui, chaque semaine dans le magazine Les Inrocks, posait les mêmes questions à des invité·es différents : « À quoi as-tu renoncé ? Qu’est-ce qui te fait lever ce matin ? »… Je m'en suis inspiré et j’ai écrit mes propres questions. « Chocolat ou vanille ? Droitier ou gaucher ? Qu’est-ce que tu préfères faire ? Quelle est la partie du corps la plus fragile pour toi ? Qu’est-ce qui te plait chez l’autre ? Comment es-tu influencé·e par quelqu’un qui te plait ? » C’est devenu la matière textuelle du spectacle, que j’ai pu remanier. Agathe lit les réponses de Matthias, Matthias lit les réponses d’Agathe. C’est un petit portrait en creux de chacun.

Valérie Frossard

Ce procédé crée une dimension universelle. Ce n’est plus seulement Agathe et Matthias qui se posent les questions, c’est tout le public qui est invité à le faire, chacun·e pour soi-même. D’ailleurs, les enfants ont tous répondu « chocolat » !

En parallèle, j’ai réfléchi au titre. J’ai d’abord pensé à Panoplie, mais depuis longtemps, cette question du « comme » et du « pareil » me travaillait. Les artistes de cirque développent chacun leur propre démarche, identité, style, signature, mais l’acquièrent aussi grâce aux gens qu’ils rencontrent et voient jouer. On veut faire comme elle oui lui, mais on n’arrivera jamais à faire pareil. Je trouvais cette réflexion intéressante.

Sémantiquement parlant, « comme » et « pareil », ce n’est pas tout à fait la même chose. Je fais « comme » c’est « j’essaye d’imiter ». « Pareil » c’est plutôt la question de l’identique, de la ressemblance parfaite. On pense être tous les mêmes, mais finalement on est tous différents. Est-ce que nos différences nous rendent similaires ? L’altérité nous permet-elle de nous construire ? En tout cas, Agathe et Matthias commencent aux antipodes et finissent main dans la main.

Valérie Frossard

Une fois les interprètes et le titre choisis, j’ai réfléchi à la scénographie. J’ai consulté les archives de l’Académie Fratellini. Il y a eu une piste orange, une piste bleue… Je me suis dit « pourquoi pas du vert » ? Ça me rappelle l’herbe, la pelouse, la prairie, l’extérieur, un nénuphar…

Sur toutes mes créations, j’apporte une attention particulière au costume. Je me suis donc demandé quelle couleur pourrait être associée au vert ? J’ai superposé des post-it sur le tapis. Je me suis dit que du jaune et du violet pourraient bien trancher.

J’en ai discuté avec la costumière, Alexandra Langlois. Elle a proposé des lignes de vêtements, pioché dans le stock de costumes existants de l’Académie Fratellini, dessiné les silhouettes, fait teindre le costume violet et a fait elle-même la teinture du costume jaune. Elle a ajusté les manches... Et voilà !

Valérie Frossard

La bande son, c’était le grand défi pour moi. J’ai pour habitude de travailler avec des musiciens mais, pour des questions budgétaires, je me suis demandé si ça n’était pas l’occasion d’assumer des morceaux que je choisirais moi. D’autres questions sont alors apparues. Est-ce que je fais une ambiance sonore qui couvre tout ou est-ce que je fais une playlist de plusieurs morceaux ? Est-ce qu’il faut une unité ou au contraire une disparité ? J’ai beaucoup aimé choisir, me faire confiance dans ce que j’apprécie. Timber timbre, c’est un groupe dont j'ai beaucoup utilisé les morceaux lors des répétitions du spectacle Les Jambes à son cou, avant de faire appel à un musicien. J’ai également choisi les musiques de Kim Hiorthoy, que j'écoutais beaucoup dans les années 2000. C’est comme si je redécouvrais ses morceaux. J'ai trouvé que son esthétique musicale collait parfaitement à l’univers de Comme et pareil, entre abstraction et ludique.

Vous aviez combien de jours pour créer Comme et pareil ?

Nous avons eu quinze jours de création, ce qui est très bien car ça force à être concis.

Merci Jean-Baptiste !

Comme et pareil a été présenté à trois cents petit·es et grand·es dans le cadre du week-end jeune public et de la Nuit du Cirque à l’Académie Fratellini les 15 et 16 novembre 2025. Il va pouvoir à présent commencer sa tournée dans les écoles !