Une école pour que vive le cirque!

Au début des années 70, Annie Fratellini et Pierre Etaix rentrent d’une tournée avec un cirque traditionnel et s’interrogent : comment cet art séculaire a t-il pu s’appauvrir à ce point ? L’usine roule, elle rapporte même beaucoup d’argent, mais elle n’a selon eux plus de sève ni de saveur. Où sont passées les ambitions artistiques ? La fantaisie, l’humour et l’imagination ? Il n’y a plus rien. Poussés par la fille d’Annie et par leur entourage Annie et Pierre vont alors inventer ce qui ne s’était jamais fait jusqu’alors : une école de cirque ouverte à tous. Une formidable révolution artistique commence

Les six Présidents d’Honneur sont Jerry Lewis, Raymond Devos, Jean-Louis Barrault, Madeleine Renaud, Jean Richard et Marcel Marceau.

Très vite, les élèves sont en piste dans un charivari qui ne respecte pas les codes ancestraux : pas d’entracte, pas d’animaux, pas de Monsieur Loyal. Pierre Etaix tisse un fil narratif et créé des personnages. En 1975, le premier spectacle avec les élèves de l’Ecole nationale du cirque Annie Fratellini est présenté au festival d’Avignon. Leur chapiteau s’appelle Nouveau Cirque de Paris.

Sans aucun modèle pré-existant, l’Ecole s’invente au jour le jour et devient lycée professionnel. Beaucoup de jeunes en échec scolaire y trouvent leur voie. Ils sont rejoints par des artistes, issus des arts de la rue ou du théâtre, en quête d’apprentissage technique. Tous saisissent la chance de pénétrer un monde fascinant jusqu’alors interdit. Au début des années 90, bon nombre d’anciens élèves créent leur compagnie et impulsent le courant dit du «Nouveau cirque». Le cirque Baroque Les Colporteurs, La compagnie foraine, Jérôme Thomas... Sans oublier Coline Serreau, Pierre Meunier, Jérôme Savary, Philippe Decouflé, ou Vincent Cassel... Tous ne sont pas devenus «artistes de cirque». Mais leurs racines sont là, ancrées dans la piste.

Au décès d’Annie Fratellini en 1997, l’École est en difficulté. Le chapiteau n’est plus aux normes techniques et l’environnement social du site s’est fortement dégradé. Comment alors poursuivre l’aventure, transmettre les valeurs et «l’esprit» d’Annie ?
Son frère Paul reprend le flambeau et sollicite Laurent Gachet pour imaginer un nouveau projet. Ce dernier confie aux architectes Patrick Bouchain et Loïc Julienne la construction d’un équipement inédit.

À la faveur de l’année du cirque en 2001 / 2002, le paysage se structure et le ministère de la Culture valide le financement de cette nouvelle école supérieure : l’Académie Fratellini est inaugurée en 2003. Elle abrite une école supérieure (Centre de Formation d’Apprentis) et un centre de création et de diffusion. Une double casquette unique au monde.

«Nous avons acquis le droit de ne plus entendre ces questions : Pourquoi une école de cirque ? - Parce qu’un art ne peut survivre qu’à partir d’une école. Que vont devenir tous ces jeunes ? - Des artistes, libres, travailleurs.»1

Chaque année, une dizaine d’apprentis venus de tous horizons bénéficie d’un enseignement complet réparti selon le principe de l’apprentissage : une formation supérieure (60% du temps) et des temps professionnels (40%). Ces temps professionnels de création sont primordiaux. En se constituant CFA, l’Académie partage la conviction qu’avaient Annie Fratellini et Pierre Etaix lorsqu’ils mettaient en piste leurs élèves : aucun art vivant ne peut s’apprendre sans être au contact du public. 

Ainsi, durant leurs trois ans d’études, chaque apprenti aura travaillé avec plusieurs metteurs en scène (au sein de l’Académie ou à l’extérieur). Soit autant de rencontres, d’univers artistiques et de processus de créations différents. 

Ces temps professionnels permettent également aux élèves de se confronter à la réalité du métier. Il est difficile et l’Académie ne leur cache pas : il faut savoir être «tout terrain». Pouvoir jouer dehors, dedans, dans un espace frontal ou circulaire, pour les petits comme pour les grands. La passion n’exclue pas la lucidité, il faut savoir à quoi s’attendre.

L’Académie Fratellini étant également lieu de spectacles, les élèves peuvent observer, partager les entraînements, échanger avec tous les artistes en présence. Un enrichissement considérable pour leur insertion professionnelle.

Il y a le savoir faire et le savoir être. Alors que certaines écoles internationales font appel à des professeurs issus du sport, l’Académie accueille principalement des artistes comme enseignants et intervenants. Eux seuls peuvent transmettre la technicité d’une discipline autant que leur vécu d’artistes. Certains sont encore en activité (Jérôme Thomas, La Cie des Colporteurs...). La plupart étant eux-mêmes d’anciens élèves de l’Ecole Fratellini, les valeurs continuent de circuler. Reconnaissant leur chance d’avoir pu apprendre, ils ont envie de transmettre. La continuité est assurée.

«D’autres cirques sont nés, d’autres écoles, justifiant cette bataille. Nous réunir dans un même but. Prouver que le cirque reste un art vivant, populaire, un art à part entière.» 

En partenariat avec l’Université Paris 8, l’Académie Fratellini délivre le DNSP d’artiste de cirque (Diplôme National Supérieur et Professionnel, équivalence Bac +3)  mis en place par le ministère de la Culture. Les premiers diplômés sortent en juin 2015.

Au delà de l’enseignement supérieur qu’elle délivre, l’Académie multiplie les actions sociales et pédagogiques envers tous les publics. Toujours fidèle à la volonté d’ouverture et de sensibilisation de ses fondateurs...